Journal de bord

Réflexions, expériences et nouveaux départs — par John Scallon

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Réflexion personnelle

Comme si c’était hier

John Scallon5 min de lecture

Cette semaine, j’ai été invité à souper chez une amie que je connais depuis très longtemps. En réalité, ça faisait plusieurs années qu’on ne s’était pas retrouvés ensemble, assis à la même table, à prendre le temps de parler pour vrai.

Vous savez, pas simplement prendre des nouvelles rapidement entre deux portes ou demander à quelqu’un : « Et puis, comment va-t-elle? » Je parle de se retrouver face à face, sans être pressés, et de laisser la conversation aller où elle veut aller.

En arrivant chez eux, je me suis rendu compte que le temps avait passé… mais seulement autour de nous. Parce qu’entre nous, c’était comme s’il n’y avait jamais eu toutes ces années.

Je ne sais pas si ça vous est déjà arrivé d’avoir une personne comme ça dans votre vie. Une amie ou un ami que vous pouvez ne pas voir pendant très longtemps, mais que vous retrouvez comme si vous vous étiez quittés la veille. C’est difficile à expliquer. On dirait que la conversation n’avait jamais été interrompue. Elle avait simplement été mise sur pause pendant quelques années, puis quelqu’un venait de peser sur « play ».

Pendant tout ce temps, j’avais quand même eu de ses nouvelles par des gens que nous connaissons en commun. Je demandais comment elle allait. Je savais qu’elle avait vécu de grosses affaires. De son côté, elle avait certainement entendu parler de certains changements dans ma vie aussi.

Parce que la vie ne s’arrête pas quand on ne se voit plus.

Chacun continue d’avancer de son côté. On traverse des moments heureux, des épreuves, des séparations, des recommencements et toutes sortes de choses que l’autre ne voit pas nécessairement. Les années passent et nous transforment tranquillement, souvent sans même qu’on s’en rende compte.

Puis, un soir, on se retrouve autour d’une table.

Bien sûr, certaines choses ont changé. Nos corps ont peut-être changé au fil des années. On a peut-être changé la couleur de nos cheveux, ou on a quelques cheveux gris de plus, des rides qui n’étaient pas là avant et de nouvelles histoires à raconter. Nos visages portent maintenant la trace de tout ce qu’on a vécu depuis la dernière fois.

Mais après cinq minutes, quelque chose de presque magique se produit.

Les vieilles blagues reviennent. Les anciens événements ressortent. Une histoire en amène une autre, puis quelqu’un commence une phrase que l’autre est encore capable de terminer. On rit des mêmes niaiseries qu’autrefois. Pendant quelques instants, on ne se demande même plus depuis combien de temps on ne s’était pas vus.

Et c’est là que je me suis posé une question : pourquoi est-ce que certains liens survivent aussi bien au temps, alors que d’autres disparaissent dès qu’on ne les entretient plus constamment?

Pourquoi peut-on croiser certaines personnes régulièrement sans jamais vraiment se sentir près d’elles, alors qu’une personne absente depuis plusieurs années peut encore nous comprendre en quelques mots?

Je n’ai pas la réponse exacte. Mais je crois que certaines amitiés sont construites plus profondément que les habitudes. Elles ne reposent pas uniquement sur les sorties, les appels ou les messages. Elles sont attachées à une époque de notre vie, à des expériences partagées et à une version de nous-mêmes que cette personne a connue pour vrai.

Avec elle, il n’y avait rien de brisé. Rien n’avait été perdu. Tout était encore là : l’amitié, la confiance et même l’amour.

Et quand je parle d’amour, je ne parle évidemment pas d’un amour amoureux ou sexuel. Je parle de cet amour profond qu’on peut ressentir pour une personne qui est devenue, quelque part dans notre cœur, comme une sœur ou comme un frère. Un amour qui ne demande rien. Qui ne fait pas de reproches parce qu’on n’a pas appelé assez souvent. Qui n’exige pas une présence constante pour continuer d’exister.

Nous n’avons pas besoin de toujours nous voir ni de nous parler toutes les semaines pour savoir que ce lien est encore présent. Lorsque nous nous retrouvons, il reprend naturellement sa place, comme s’il nous avait simplement attendus.

Je trouve ça rassurant, surtout dans un monde où tout semble devoir être entretenu continuellement pour ne pas disparaître. Certaines personnes nous rappellent qu’un lien véritable ne meurt pas nécessairement dans le silence. Il peut continuer de vivre discrètement, quelque part en arrière-plan, pendant que chacun suit son propre chemin.

La vie peut nous éloigner géographiquement. Elle peut remplir nos horaires, changer nos priorités et nous faire traverser des réalités complètement différentes. Mais elle ne réussit pas toujours à nous éloigner humainement.

Je crois sincèrement qu’il existe des amitiés qui vont nous accompagner jusqu’à la fin de notre vie. Nous ne verrons peut-être pas ces personnes souvent. Nous manquerons peut-être des chapitres entiers de leur histoire. Mais quand nos chemins se recroiseront, quelque chose en nous les reconnaîtra immédiatement.

Et vous, avez-vous une personne comme ça dans votre vie? Quelqu’un que vous pourriez revoir demain, après cinq, dix ou même vingt ans, et avec qui tout redeviendrait naturel après quelques minutes?

Si oui, vous savez exactement de quoi je parle.

Cette semaine, autour de cette table, j’ai compris que le temps avait bel et bien passé autour de nous… mais qu’étrangement, il n’avait jamais passé entre nous.

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